Jean-Christophe II
Le nouvel arrivant dans ma chambre d’hôpital a la peau tatouée et la gueule déformée par la douleur. Il est accompagné d’une belle femme qui essaie de l’aider au mieux. Accaparés par sa joue en feu et démesurément enflée, ils ne me calculent pas. Leurs dialogues à voix basse sont ponctués de réguliers pics de douleur du patient provoquant des sursauts d’insultes.
Le calme du soir et les sédatifs aidant, mon voisin refait surface. Petit à petit, il arrive à considérer son entourage. Sa copine est partie et…
– Salut, moi c’est Alain !
Via nos mésaventures respectives nous nous présentons et surprise : il s’appelle lui aussi Jean-Christophe ! (?)
Quand le lendemain, le Seigneur me redemande exactement la même chose que pour le précédent Jean-Christophe, je n’hésite même plus et lui lance :
– Est-ce que tu crois en Dieu ?
Mon nouveau voisin me répond :
– J’ai cessé d’y croire lorsque mon fils de 13 ans est mort !
Je suis sans voix, le premier Jean-Christophe m’avait dit la même chose (?!). Je ne dis rien de mon étonnement sur le moment pour mieux laisser ce clin d’œil Divin s’infuser en moi, une paix m’envahit doucement. Je souris intérieurement au Seigneur. Ces mots sont suivis de partages profonds.
Le chaos de la chance
Un souvenir en amène un autre, il me partage ensuite un autre cataclysme de sa vie.
Après avoir été trahi, il perd femme, maison, argent et travail. Dégoûté, il prend les 2000 euros qui lui restent, se paie un billet pour le premier avion en partance pour l’Asie et disparaît. Sans plus aucun argent, il part pour l’aventure avec son sac à dos. Il est attiré par je ne sais quoi de plus profond que le sens de la vie qu’il menait jusqu’à maintenant. Alors, il s’est aussi mis en tête de visiter des vestiges de temples anciens perdus dans la nature. Chemin faisant, il est accueilli par des familles qui, bien que très pauvres, se privent de tout pour lui offrir un repas. Cela le bouleverse. Il réalise qu’il avait perdu sa vie à vouloir la gagner alors qu’il existe des valeurs plus grandes.
A ce stade de l’histoire, je lui pose une seconde question :
– Avec le recul des années, ce drame que tu viens de me raconter, tu dirais que c’est un malheur, ou une chance ?
Troublé par ma question, Jean-Christophe réfléchit mûrement, puis avec un regard nouveau, il me lance sans hésiter :
– Une chance…!
Secoué par sa propre réponse, j’ai l’impression qu’il a conscientisé quelque chose d’important pour sa vie.
L’histoire avec mon voisin de chambre ne s’arrête pas là, mais je voulais terminer cet épisode sur cette surprenante conclusion de Jean-Christophe.
Prière
Je sais, Seigneur, que la compréhension des épreuves ne s’obtient qu’avec le recul des années… Mais permet qu’au moins à chaque “malheur” qui nous arrive, nous puissions rester pleinement confiant en Toi, libéré de toute amertume vaine et autodestructrice…
À suivre…
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